L’Actu des adhérents #2 : Dirty South d’Olivier Strauss

Dirty South d’Olivier Strauss, tourné au milieu des paysages d’Alsace, a remporté le prix de la Meilleure 1ère Oeuvre de Fiction au 39ème Festival international du court-métrage de Clermond-Ferrand. Mathilde Barbier, étudiante en deuxième année de Master, a été seconde assistante réalisateur sur le film et nous parle de son expérience.

Bande annonce de Dirty South

  • Comment as-tu été prise sur ce projet et quel a été ton rôle dans la fabrication de ce film ?

Après mon premier stage mise en scène pendant l’été 2014 sur le long-métrage Les bêtises (de Rose et Alice Philippon, 2015), mon maître de stage Yannick Karcher, qui fait partie du réseau des Kinotechniciens (techniciens d’Alsace), m’a aidée à me lancer dans le travail. Quand Flavien Giorda, le directeur de production, m’a contactée pour le tournage de Dirty South en juillet 2015 j’avais alors déjà travaillé sur d’autres courts-métrages en tant que seconde assistante mise en scène. J’ai rencontré Olivier Strauss, le réalisateur, et Lucas Delangle, son premier assistant sur le film, avant d’enchaîner sur deux semaines de préparation en Alsace avant que l’équipe n’arrive de Paris pour tourner en août 2015. Pendant cette période de prépa, j’ai beaucoup travaillé avec Aline Battaglia, la régisseuse générale, en faisant les repérages de certains décors qui nous manquaient. En parallèle, je faisais du casting sauvage pour des seconds rôles et de la figuration. Je m’occupais aussi du travail bureautique qui fait partie du rôle de second assistant, comme les feuilles de service.

  • Il y a beaucoup d’enfants dans le film d’Olivier Strauss. Quelle est la difficulté rencontrée lorsque l’on tourne avec des mineurs ou des personnes sans expérience de tournage ?

Je pensais que les jours de tournage avec tous les enfants, qui ont entre 7 et 12 ans, allaient être les plus difficiles, mais le lieu et l’ambiance ainsi que le travail remarquable des techniciens ont permis de travailler dans de très bonnes conditions. En revanche, le plus difficile pour eux était de tenir le coup sur toute la durée ! Au début ils se disent « c’est cool, on fait du cinéma »! Puis ils finissent par se rendre compte qu’il y a beaucoup d’attente, et alors le tournage devient moins exceptionnel. C’est peut être ce qu’il y a de plus difficile pour les enfants, attendre que l’on fasse des réglages techniques pour qu’ils puissent ensuite aller sur le plateau. La contrainte principale c’est le temps, car les réglementations sur le travail des mineurs sur un tournage sont très strictes. On ne peut pas se permettre de faire des heures supplémentaires et c’est une vraie pression. En plus des enfants, il y avait aussi des vrais agriculteurs des villages alentours venus faire de la figuration, et eux non plus n’avaient pas forcément beaucoup de temps à nous accorder à causes de leurs occupations professionnelles.

Il est facile de croire qu’il est plus compliqué de faire un film avec des personnes sans expérience, ou que cela prend plus de temps, mais je pense que c’est faux. Parfois c’est vrai qu’il y a des petits « couacs » parce qu’elles n’ont pas certains réflexes des plateaux de tournage, comme le silence pendant les prises, mais elles sont curieuses, intéressées et donc très attentives à ce qui se passe et à ce qu’on leur dit.

  • Quels ont été le meilleur moment et le pire moment dans ces tournages ?

Sur un tournage il y a toujours des moments plus difficiles que d’autres, mais ils deviennent souvent de très bons souvenirs ! Sur Dirty South, les changements intempestifs de météo (typiques de la région Alsace) nous ont souvent posé problème, mais on réussissait toujours à trouver une solution en modifiant le plan de travail, ce que l’on fait en règle générale lorsque l’on rencontre ce genre de problème. Sinon le réalisateur essayait de transformer son découpage ou bien le décor était modifié pour permettre de tricher par rapport à la réalité climatique.

Pour moi le meilleur moment sur le tournage, mais aussi de manière générale, c’est l’annonce « fin de tournage ». Certes cela m’attriste beaucoup de finir un tournage, mais cette annonce signifie surtout que nous avons réussi à créer quelque chose tous ensemble ! Avec le travail et la dévotion de chacun nous avons réussi à porter le projet jusqu’au bout !

  • Ce tournage s’est fait avant que tu n’entres dans le Master. Qu’est ce qui t’a amenée à y entrer et qu’en tires-tu de supplémentaire ?

Il se trouve que le tournage de Dirty South se déroulait en même temps que les inscriptions définitives de la formation. J’avais déjà passé mon entretien d’entrée du Master mais j’hésitais encore à y aller. C’est à la suite de plusieurs difficultés rencontrées sur le projet (notamment dans la compréhension de la vision artistique du réalisateur), ainsi que de plusieurs discussions avec les professionnels que je connaissais que j’ai conclu que même si je perdais deux ans de travail sur le terrain, j’étais gagnante dans la reprise de l’approche théorique du cinéma. Il est certes important de connaître l’aspect technique, mais un assistant réalisateur doit aussi et surtout prendre en compte le pendant artistique du projet. Même si parfois décaler une séquence ou tourner dans un lieu à la place d’un autre arrange notre travail, le simplifie, le film peut en pâtir considérablement sur le plan artistique. Le Master permet au futur assistant réalisateur de mieux avoir conscience du travail spécifique de chaque métier présent sur un plateau de tournage, tout en ayant une meilleure compréhension artistique des projets.

Interview d’Oliviers Strauss (Festival Silhouette 15ème édition)

Article de Bernard Payen sur Dirty South (pour Arte)

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