Gildas Madelénat

Entre deux tournages, la création d'un festival et la direction artistique d'une pièce de théâtre, Gildas Madelénat, pionnier du Master assistant réalisateur, a accepté de m'accorder une interview autour d'un verre pour me raconter ses débuts dans le monde professionnel.

Commençons par le début : parle moi de ton parcours scolaire jusqu'au Master.

Comme beaucoup d'autres personnes, j'ai participé à l'option cinéma de mon collège. En 5ème nous sommes allés voir L'été de Kikujiro de Takeshi Kitano. Je me suis rendu compte qu'il se passait plein de choses en termes de composition d'image. Sans vraiment savoir comment l'expliquer, ce film me parlait.

Ensuite j'ai fait un Bac S, mais toujours avec une option facultative cinéma. Je n’aimais pas les maths (ni les sciences d'ailleurs, j'étais un élève exécrable), mais les films de Tarkovski semblaient mieux expliquer les sciences que n'importe quels professeurs.

À la fin du lycée, j'ai décidé que je ne voulais faire que ce qui me plaisait et donc, du cinéma. Ma conseillère d'orientation personnelle (c'est à dire ma mère) a trouvé la licence Arts du Spectacle de Poitiers. Parfaire mes connaissances du théâtre, en plus de celle du cinéma a été un très bon enrichissement qui m'a bien servi par la suite. J'ai commencé un Master recherche. Ça me plaisait énormément ; la réflexion théorique m'a permis d'avoir une vision plus complète des projets sur lesquels je travaillais. Le Master Pro a complété ma formation en articulant la composition artistique et l'aspect pratique-technique.

C'est de la faute à Kikujiro,100% !

Comment t'est venue l'envie de travailler dans le cinéma et l'audiovisuel ?

Mon père était directeur technique et régisseur général en événementiel. Assez petit, dès 8 ans, j'ai passé des étés entiers sur des scènes de spectacle vivant. Entrer dans ce milieu-là, c'est en même temps intégrer une nouvelle famille. Tu sens qu'un monde instable et libre se crée autour de toi. Dans la vie c'est impossible de provoquer intentionnellement cela, c'est des microcosmes qui n'existent que par le biais de la création artistique et je savais que j'avais envie de travailler pour et avec cette dynamique.

Je savais que je me lançais dans quelque chose d'inconfortable, que la vie d'intermittent est éreintante mais j'étais poussé par cette énergie si particulière. Puis le cinéma ça regroupait tout, ça confortait grandement mon intérêt pour l'image pure.

Qu'est-ce qui te plaît dans le métier d'assistant réalisateur ?

À la base, c'était l'idée de faire mes propres projets qui m'attirait. Pourquoi pas un jour devenir réalisateur. Mais ça a beaucoup changé. Ce qui me plaît vraiment dans l’assistanat, c’est enchainer les projets, faire des « one shot ». Être sur des projets qui demandent des assistants réalisateur polyvalents et très réactifs, qui s'adaptent vite. J'aime les choses complexes et pouvoir changer de sujet rapidement. L'accumulation de projets nourrit ma curiosité et m'enrichit plus aujourd'hui. C'est une phase je pense. Les longs projets, c'est usant. On dépense trop d'énergie pour quelque chose de pas si stimulant. Je crois que je me lasse vite en fait.

L'assistant réal c'est celui qui impulse une dynamique et qui sait remotiver une équipe. Faut croire et faire croire au projet, avec le moins de manipulation possible. Quand tu t'investis corps et âme, ton équipe pourra te suivre jusqu'au bout du monde !

Par exemple pour le court-métrage La Baie de Joris Laquittant (tournage FEMIS, août 2016), nous sommes allés tourner en Baie d’Autie une semaine, souvent de nuit, sous la flotte, dans des fossés boueux. Ce n'étaient pas vraiment de bonnes conditions mais on croyait tous en la finalité de ces images. En cela, mon travail d'assistant était déjà gagné.

A vrai dire, le travail d'assistant réalisateur pur m'intéresse quand je peux arriver avec mes feuilles blanches et aider un réalisateur à se questionner sur des processus de création dès le début du projet. J'aime être là tout de suite, même s'il n'a qu'une idée en tête, tu peux déjà être un assistant réalisateur, soulever des contraintes, donner des impulsions intellectuelles. Ainsi la préparation avance plus vite, va plus loin et le résultat est plus fort, solide, mieux construit.

Au stade de l’idée, tu peux déjà être un assistant réalisateur.
Quels sont tes souvenirs les plus marquants du Master ?

> une rencontre

Il y a eu un événement décisif, essentiel : c'est la rencontre avec Aurélia Georges. J'ai découvert un autre modèle de création, une façon différente de produire des films. J'ai compris qu'il existait plusieurs chemins, plusieurs conditions possibles pour réaliser et s'exprimer dans son travail.

> un cours

Un truc dont je me souviens, c'est le cours d'assistanat d'Anthony Moreau pendant lequel j'avais étudié le scénario de 2 automnes, 3 hivers de Sébastien Betbeder. Le hasard a fait que, grâce à l'intermédiaire des émissions de radio auxquelles je participe, j'ai pu le rencontrer et discuter avec lui de ce film même. Cela m'a rappelé l'importance du scénario. C'est quand même ce document qui est à l'origine de tant de futures rencontres, c'est un objet plein de petits secrets.

> ton pire souvenir / ton meilleur souvenir

Mon pire souvenir restera également le meilleur. On venait de présenter, à Cannes, le film d'Aurélia Georges La Fille et le fleuve, et dans la voiture sur le chemin du retour Laurence Moinereau s'est mise à chanter à tue-tête Alexandrie-Alexandra. Puis à l'arrivée, on s'est cuisiné une omelette aux merguez à 6 h du matin avec Benoit Perraud, l'ingénieur du son.

Comment as-tu vécu la sortie de la formation ?

Mon stage de première année, c'était sur un spectacle vivant pour le centenaire de la mort de Jaurès. Claude Moreau, qui avait travaillé avec mon père, m'avait en quelque sorte promis du travail si jamais un jour j'en avais besoin. Je lui ai donc demandé un stage en tant qu'assistant réal pour 2 mois. Alors il m'a chargé d'organiser le tournage du film, qui serait ensuite projeté pendant le spectacle. Après ça je suis devenu son assistant personnel pendant 1 an. Je l'assistais à la mise en scène et à la production du spectacle.

Le stage de fin de formation, je l'ai refait avec lui. C'était un appel à projet pour la coupe d'Afrique des nations, une cérémonie d'ouverture et clôture. Nous n'avons pas obtenu le contrat mais on a si bien travaillé ensemble que j'ai continué encore 6 mois avec lui. Je suis sorti du master en bossant. J'ai tout de suite été rémunéré. Par contre je n'ai pas eu mes heures et je ne les ai toujours pas. J'ai envie de m'offrir la possibilité de choisir les projets sur lesquels je veux travailler. Alors oui, ça implique une certaine précarité mais c'est un petit sacrifice pour pouvoir se créer un réseau qui correspond vraiment au travail que tu veux. J'ai pas voulu avoir de boulot alimentaire. Je ne voulais pas figer mon emploi du temps avec des d’autres contraintes, et puis j’aime pouvoir dire oui à un projet de dernière minute. Je m'en suis sorti en faisant un gros projet tous les 6 mois qui m'apportait pas mal d'argent et me permettait de faire ce que je voulais pendant plusieurs mois après.

J'ai envie de m'offrir la possibilité de choisir mes projets.
Quelles sont tes méthodes pour chercher du travail ? Pour te faire un réseau ?

Par choix, je ne suis jamais allé frapper aux portes des sociétés de production. Je suis simplement beaucoup BEAUCOUP sorti. Il faut participer à des événements, des concerts, des expos, festivals, spectacles... Je regarde toutes les programmations culturelles et choisis d'aller aux événements qui m'intéressent. Il ne faut pas être timide et oser parler aux gens, provoquer des rencontres. Après tout vient naturellement, parce que tu auras été sincère dans tes démarches. Aujourd'hui on me propose des projets qui me correspondent parfaitement parce que j’ai réussi à créer ces situations.

Que fais-tu aujourd'hui ?

Aujourd'hui je commence tout juste à trouver une certaine stabilité. Je fais plusieurs activités qui me plaisent et j'ai moins de périodes creuses. Je débute en janvier un atelier de création de film intitulé Écrire son monde dans un collège. Je travaille toujours en tant que co-scénariste sur un long-métrage pour lequel nous avons obtenu l'Aide à l'écriture de l'Île de France. Je suis également à la direction artistique et la création vidéo pour une pièce de théâtre... et c'est déjà bien.

Ne faire que de l'assistanat ça ne me conviendrait pas. Aujourd'hui j'ai plusieurs cordes à mon arc et je pense que c'est la meilleure façon de continuer à m'améliorer.

Un dernier mot : avenir ?

Le tournage d’un clip avec Sébastien Betbeder, là tout bientôt.

Entretien réalisé par Marianne Caillaud


Le questionnaire AMPAR :

AMPAR s’est inspirée en partie pour ses questions du fameux questionnaire de Proust.

1- Le master en un mot : Stimulant

2- Le réalisateur avec qui vous rêveriez de travailler, en un mot pourquoi : WANG BING  - Léger.

3- Le réalisateur avec lequel vous détesteriez travailler, en un mot pourquoi : Luc BESSON - Lourd.

4- Le film qui vous a le plus marqué cette année : The Witch de Robert EGGERS.

5- Le souvenir de film le plus marquant de votre enfance : L'été de Kikujiro.

6- Le pire pour un assistant réalisateur : Voir pleurer un directeur de production.

7- La meilleure situation pour un assistant réalisateur : Quand tu reçois une invitation pour aller voir le film sur lequel tu as travaillé.

8- Le don que vous rêveriez d'avoir : J'ai pas envie d'avoir un don particulier.

9- Votre héros / héroïne dans la fiction : La caméra dans Blair Witch.

10- Votre héros / héroïne dans la vie réelle : Donald Trump, il faut être bon pour être aussi mauvais et être président.

11- Si vous n'étiez pas vous-même, qui voudriez-vous être ? Joanna PREISS  et Bruno DUMONT dans Sibérie, même si à la fin ils ne s'aiment plus.

12- Comment vous imaginez-vous dans dix ans ? J’ai déjà du mal à imaginer ce qu’il se passera la semaine prochaine, et ça me va très bien comme ça.

13- Votre devise : En espérant que tout ne se passe pas si bien. 

14- Votre état d'esprit en ce moment : Envie de cinéma et d'ailleurs.

 

Voyage à Cannes

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Suivez le voyage des étudiants du Master à l’ACID au Festival de Cannes 2014.
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Cinéaste Invité : Aurélia Georges

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Tout sur la rencontre entre la cinéaste Aurélia Georges et les étudiants du Master.
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