Lea Vandesteene
Lea Vandesteene, seconde assistante implantée dans les Hauts de France, sortie du Master Assistant réalisateur en 2017, a accepté de jouer le jeu du portrait à l’occasion de son retour à Poitiers pour fêter les 10 ans de la formation.
Quel a été ton parcours scolaire jusqu’au Master ?
J’ai fait une licence d’arts du spectacle à Lille qui était assez générale. J’apprenais aussi bien la musique que le cinéma, et le théâtre. À la fin de la licence, je me suis demandé ce que je pouvais faire par la suite. Je me suis dit que le cinéma m’intéressait bien, et je me suis posé la question de ce qu’il pouvait y avoir comme métier sur un tournage. Puis, j’ai découvert le métier d’assistant réalisateur sur internet, j’ai vu qu’il y avait des histoires de planning, de gestion d’équipe et de coordination. Je me suis renseignée et j’ai découvert le master.
Est-ce que tu as toujours eu l’envie de travailler dans le cinéma ? Pourquoi le métier d’assistant réalisateur ?
Quand j’étais petite, je voulais faire plein de métiers différents (professeur, sommelière…). Et on m’a proposé d’être actrice, ce que j’ai trouvé cool. Finalement, ce métier n’était pas fait pour moi, cela m’angoissait profondément. Mais je me suis dit que ça pouvait être intéressant d’être derrière la caméra. Même aujourd’hui, je ne sais pas si je vais faire ça toute ma vie. Mais actuellement, c’est un domaine qui me plaît bien, et où je me reconnais bien. Ce sont des choix de coïncidences, des choix de hasards, qui m’ont fait tenter cette expérience. Après, le rythme de vie est tellement soutenu quand tu es intermittent du spectacle et que tu travailles sur des tournages toute l’année que c’est compliqué si tu veux avoir une vie de famille et ce sera peut-être mon cas un jour.
Au départ, le métier de régisseur me plaisait pas mal. Mais l’évolution entre le régisseur adjoint et le régisseur général ne m’intéressait pas du tout. Le choix a finalement été rapide quand j’ai commencé les tournages.
Qu’est-ce qui t’a plu dans le métier d’assistant réalisateur ?
Le fait de juste avoir les éléments sur un papier et de se dire qu’on va les concrétiser, cela m’a donné tout de suite envie de faire ce métier. Le dépouillement est un document que je trouve très satisfaisant à faire. Un scénario est un texte qui peut être plein de belles intentions mais qui regroupe des éléments très factuels, et c’est notre tâche de les recenser. Il y a aussi la coordination des différents postes autour du tournage, le fait de transmettre les informations à tout le monde, voir comment on peut arranger tel ou tel coup, comment la déco peut être liée à la machinerie, comment le maquillage peut être lié à l’électricité… L’idée que tout se rejoint sur un tournage. J’aime beaucoup faire des estimations. Faire un plan de travail, c’est comme résoudre un Rubik’s Kub. Quand tu as réussi à faire un plan de travail, c’est vraiment très satisfaisant.
Comment as-tu découvert le Master Assistant Réalisateur ? Est-ce un premier choix ?
J’ai découvert le métier d’assistant réalisateur sur internet, et je me suis rendu compte que j’en avais marre de la théorie et que je recherchais de la pratique. Je me suis dit que je devais m’orienter vers cette voie, mais en même temps je ne pouvais pas me lancer dans ce domaine sans avoir aucun contact dans le cinéma. Je suis quelqu’un qui est assez peu sûr de soi et j’ai besoin d’avoir des acquis pour me lancer. Puis, j’ai recherché un master pro en cinéma qui pourrait me permettre de travailler dans ce domaine. Et je suis tombée sur ce master à Poitiers.
Ce master était mon premier choix, je n’ai pas postulé autre part. En plus, après mon entretien j’étais déprimée en rentrant sur Lille parce que je pensais que je l’avais raté. Et je me suis dit que ce serait bien d’avoir un plan B, donc je me suis inscrite après ça à Lille 3 pour un master de recherche mais je ne souhaitais pas pour autant être retenue. J’étais dans le flou jusqu’à ce que j’apprenne que j’avais été sélectionnée pour le master à Poitiers. Je fonctionne énormément au feeling. Tu sens si les choses sont bien ou pas. Si jamais je n’avais pas été prise j’aurais sans doute tenté à nouveau ma chance plus tard. Alors que si j’avais fait le master de recherche à Lille 3, je savais d’avance que cela ne me plairait pas, j’y serai allée par dépit.
Quels sont les avantages, selon toi, du Master ?
La pratique et les contacts sont deux avantages du Master, le fait que la plupart des « professeurs » sont des intervenants professionnels qui ne sont pas du tout professeurs et qui vont parler de leur vécu, de leurs sentiments personnels, et de leur rapport au métier d’assistant réalisateur. Ce qui est génial aussi est de faire intervenir des postes qui ne sont pas forcément des assistants réalisateurs, ils nous parlent de leurs rapports avec les assistants sur un tournage.
Qu’as-tu appris du Master ?
J’ai appris énormément de choses sur les tournages. Je n’y connaissais rien du tout en arrivant. Donc j’ai quasiment tout appris dans le master. Et il faut apprendre la débrouillardise, la ponctualité… En plus quand tu bouges de ta ville natale, tu apprends à vivre seul. Être dans une promo avec des étudiants qui viennent de partout en France et arriver dans une ville où l’on ne connaît personne permet de créer une sorte de petite famille. On fait plein de choses ensemble et on apprend à vivre en même temps. On a tous un point commun qui nous réunit : les envies de tournages, le master et le cinéma. Ce qui nous permet de nous rapprocher encore plus.
Quels ont été tes postes en M1 sur les tournages du Master ? Quel est ton avis sur ces deux postes ?
J’étais assistante accessoiriste, encadrée par une cheffe déco. Je n’ai pas aimé cette expérience, ma cheffe de poste n’était pas trop présente. Elle m’a donné beaucoup de directives sans forcément m’expliquer. Mais cette expérience m’a appris plein de choses, même de mes erreurs, pour la suite. J’ai dû ramener du matériel de chez moi (de Lille) pour le décor et également dû les stocker après le tournage pour le ramener dans ma famille. La fois suivante, j’étais assistante image. À l’époque, nous n’avions pas de chef électro. Du coup, j’avais un peu dit que je refusais de faire le point parce qu’il faut être très précis (j’avais du mal avec la précision). Tout ce qui est un peu trop pointilleux en termes de technique, ce n’est pas quelque chose que j’aime. Nicolas Contant, le chef opérateur, a accepté que je sois électro et que je m’occupe de la machinerie. C’est aussi important de se former au vocabulaire technique des machinos et des électros.
Quelles sont ta meilleure et ta pire expérience dans le Master ?
Ma meilleure expérience était la préparation du tournage en tant qu’assistante réalisateur, nous étions quatre. La préparation était hyper intéressante, il fallait trouver une voiture que nous devions accidenter et trouver comment la ramener sur le décor bénévolement. Cela nous a emmenés dans des endroits où nous ne serions jamais allés de nous-même, nous nous sommes rendus dans un garage à Poitiers, dans un lieu magnifique. Pendant le tournage, le jour où j’étais première assistante mise en scène, je me sentais à ma place. Le tournage s’est super bien passé. Nous avions fait une heure supplémentaire, que je n’avais pas prévue parce que le réalisateur voulait rajouter des plans dont il ne m’avait pas parlé. Cela m’a appris qu’il faut aussi s’adapter et que ce n’est pas grave de rajouter une heure sur la journée.
Ma pire expérience… Il y a eu un cours sur les décors que j’aimais beaucoup. C’était hyper intéressant. Il fallait rendre un devoir que j’ai fait un peu rapidement. J’ai obtenu une note catastrophique par rapport aux autres de la classe. Ce qui est compliqué, c’est de gérer à la fois sa vie personnelle et son travail dans le master.
À partir du moment où on est sûr qu’on veut travailler dans le cinéma, comment commencer ?
Tout dépend du poste auquel on veut travailler. Si on a fait le master, on peut contacter les intervenants. Sinon c’est plus compliqué. Il y a des sites comme Profilculture qui proposent des annonces pour trouver un travail. On peut essayer de contacter des bureaux de tournage, qui commencent à s’implanter dans différentes villes et régions. À Lille, nous avons Pictanovo qui répertorie les techniciens du Nord. Les productions peuvent demander au bureau de tournage de trouver des techniciens qui pourraient être présents pour le film. Il y a d’autres moyens d’arriver à travailler dans le cinéma que de passer par de grandes écoles. Si tu commences à avec de petits court-métrages avec des amis, tu fais un premier pas dans l’audiovisuel et cela te permet de rencontrer des personnes.
Qu’as-tu fait à la sortie de la formation ?
À la fin de ma première année de master, j’ai fait un stage à Lille sur les Petits Meurtres d’Agatha Christie. Cela m’a fait entrer dans le réseau des techniciens du Nord de la France. J’ai pu faire un tournage bénévole en tant que seconde assistante mise en scène à ce moment-là, c’était un petit tournage et même si j’avais peu d’expérience, cela s’est très bien passé. Mon chef était très bienveillant et formateur avec moi. Après, j’ai fait des renforts. À partir du moment où mon premier stage a été lancé, cela m’a vraiment mis la main à la pâte et je faisais partie des techniciens du Nord.
Ensuite, à la fin de ma deuxième année, j’ai fait un stage sur un long-métrage à Marseille où je pouvais être logée. C’était un long métrage franco-allemand, et cela m’a créé quelques contacts à Marseille. Mais ce n’est pas là où je voulais développer mon réseau. Je suis retournée à Lille mais je n’osais pas recontacter les membres de l’équipe de mon premier stage. J’ai mis quelques temps avant de trouver un travail en tant que troisième assistante mise en scène, plusieurs mois, je faisais quelques renforts. C’est en faisant des renforts que j’ai rencontré des personnes qui m’ont fait travailler.
Comment as-tu appréhendé le statut d’intermittent du spectacle ?
J’étais assez inconsciente du statut, même si Laurence (la responsable de la formation) nous en avait parlé. Je pensais que tu faisais un tournage puis un autre sans forcément être pris dans un système. Mais il y a des moments compliqués, des moments où nous sommes déprimés parce que cela fait longtemps que nous n’avons pas bossé ou au contraire où nous n’arrivons pas à dire non à des projets et où nous ne faisons que travailler. Encore aujourd’hui, j’ai encore du mal à percevoir et comprendre le statut d’intermittent.
Comment as-tu créé ton réseau ?
Mon réseau s’est créé à partir des stages et des renforts que j’ai pu faire. Les contacts du master, en l’occurrence une intervenante, qui était directrice de production, m’ont permis d’avoir mon stage de deuxième année. Mais après ce sont plutôt les contacts que je m’étais faits lors de mon premier stage à Lille qui m’ont permis de poursuivre mon travail. Les productions commencent petit à petit à savoir que les étudiants de ce master sont bien formés. Ils savent que nous sommes efficaces et que nous savons nous placer sur un tournage. Même si nous n’avons pas beaucoup d’expériences, nous avons une bonne base.
Quelles sont les différences entre le tournage d’un film et le tournage d’une série en tant qu’assistante mise en scène ?
Les séries et les téléfilms se font à la chaîne. Il y a un peu moins de croyance dans les projets alors que sur un long métrage, tu accompagnes un réalisateur qui a une idée et sa vision des choses. C’est hyper stimulant, intellectuellement parlant, quel que soit ton poste. Le long métrage a le prestige qui va avec, tout le monde est fier d’être là. La différence est aussi le rythme de travail entre un long métrage et une série.
Que fais-tu aujourd’hui et as-tu des projets à venir ?
Aujourd’hui, je travaille sur un téléfilm réalisé par Éric Métayer. J’ai pris connaissance du projet par une membre de l’AFAR (association française des assistants réalisateurs) avec qui je travaille souvent. Et j’ai trois possibles projets à venir et je vais peut-être devoir faire un choix.
En général as-tu de bons rapports avec le réalisateur en tant qu’assistante réalisateur ?
Il faut un minimum de bons rapports avec le réalisateur : que ce soit en tant que premier assistant réalisateur ou second assistant réalisateur, tu es amené à travailler de manière assez proche avec lui. Il faut oser lui poser des questions, l’idée est aussi d’être un petit peu dans sa tête et de concevoir sa pensée. Si tu n’y arrives pas, tu ne peux pas aiguiller les autres techniciens. Tu vas galérer à avoir une réponse alors que c’est ton boulot d’avoir une réponse. Tu dois l’amener à se poser des questions qu’il ne s’était pas du tout posées. Tu peux être un meilleur interlocuteur si tu prends conscience que tu es responsable du bon déroulement du tournage plus que du respect du temps.
Un petit conseil à donner pour être un bon assistant ?
Il faut poser beaucoup de questions et savoir temporiser/prendre du recul sur certaines situations.
As-tu toujours travaillé principalement dans le Nord de la France ? Est-ce qu’il y a d’autres endroits où tu souhaites travailler ?
Quand j’ai quitté le master, je ne voulais pas habiter à Paris. Je trouvais la ville chère. Quand tu vis à Paris, tu peux aller en province pour des projets. Mais quand tu restes en province, on t’appelle simplement parce que tu es en province. Du coup, ce sera difficile de sortir de la province. On t’appelle parce que tu apportes des subventions au film (lorsqu’une production reçoit une subvention de la région, la contrepartie est de la dépenser en région, en particulier en embauchant des techniciens locaux). Paris, ça m’attire pas mal.
Le questionnaire AMPAR
- Le Master en un seul mot : Formateur – passerelle.
- Le réalisateur avec lequel tu rêves de travailler : Alain Chabat.
- Le réalisateur avec qui tu n’as absolument pas envie de bosser : Josée Dayan.
- Le film qui t’a le plus marqué cette année : Le Règne animal.
- Le film sur lequel tu es le plus fière d’avoir travaillé : Adieu les cons, j’ai été embauchée pour être la doublure lumière de Virginie Efira mais aussi on recherchait quelqu’un de débrouillard pour aider quand l’actrice n’était pas sur le plateau en tant que troisième assistante.
- Un film qui t’a marqué quand t’étais gamin : Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry.
- Le pire pour un assistant réalisateur : Se laisser submerger par ses émotions.
- La meilleure situation pour un assistant réalisateur : Réussir à sortir d’une situation qui semblait compliquée.
- Ton héros/héroïne de fiction préféré : Chihiro.
- Ton héros/héroïne dans la vie réelle : mon grand-père
- Comment et où je m’imagine dans 10 ans : C’est trop loin, je n’ai pas la réponse.
- Ma devise : ça va aller.
- Mon état d’esprit actuel : Je suis contente d’être là !